L’horrible conformité du Glauque

 

Alors, c’est juste ça, les règles ? C’est que ça, les codes ?
C’est comme ça, donc, les relations « entre adultes consentants » ?

Te faire sentir coquille vide à la minute même où la plénitude a fini d’atteindre son apogée ?

Pfff… C’est censé être la « liberté » et en fait, c’est tout coincé dans des cases.
De quoi tomber de haut, sans même avoir le temps de remonter entre deux. Plonger en déception, et plusieurs fois plus bas.

Donc voilà, maintenant que, tout, dans ce bas monde est rendu si rapide et fade, la grande consommation s’est propagée aussi entre nous tous :
On se junk food furtivement histoire de faire semblant de ne pas être des robots.

Et puis si, soudain, il y a étincelle, il faut vite y jeter un saut d’eau gelée, pour bien être sûr d’éviter l’incendie.

Bin, oui, quoi ? On avait dit « plan cul » ! Pas plus !
Bon, dans le doute, on avait quand même ajouté « régulier »... Au cas où, ça serait chouette, t’sais... pis qu’il y ait un goût de reviens-y.

Mais le contrat c’est: on jouit mais pas d’attachement, surtout pas !

Ah non, quelle horreur ! Juste un échange de fluide, du plaisir de corps.
De quoi on se plaindrait ? C’est chouette, le plaisir, ça reste une attention sympa, c’est déjà plus que ce que la majorité des humains savent s’apporter.
Aller, ça va... Y’aura bien un peu de tendresse parfois, heureusement, sinon, ça ne servirait qu’à tâcher le tissu. Histoire de frissonner un peu, quoi.
Mais surtout pas d’émotions, vaut mieux salir les draps que de prendre le risque de s’ouvrir à pire. On irait pas s’exposer à trop d’intense, non plus.

Tout est contrôlable aujourd’hui, tu peux même te choper une petite boîte connectée et lui demander d’éteindre les lumières, d’allumer la télé, de mettre en route la musique, carrément de te raconter des blagues. Avec elle, tu peux te marrer grassement sans avoir à bouger ton cul du canapé. Tiens, dommage qu’elle ne sache pas lire dans la tête et les hormones, elle vibrerait pile comme on en aurait envie. Sûre que ça existe déjà, le sextoy connecté.
Clairement, bientôt, l’Autre sera vraiment superflu, vu qu’on en veut pas, de toutes façons, de son humanité.

Ça serait bien pratique que tout soit contrôlable. C’est juste insupportable quand on ne peut plus avoir l’aval.
Si internet se met à ramer au milieu de notre série préférée, si la voiture tombe en panne, s’il y a plus d’eau chaude, que le frigo tombe en rad, qu’il se met à pleuvoir quand on a prévu barbecue… Ça nous met hors de nous.
Nous, les maîtres de l’univers.

Alors les sentiments, faut bien aussi réussir à les contenir. A les gérer. Y’a pas de raison que ce qui nous anime, dans notre dedans, tout au fond, on ne sache pas le contrôler non plus.
C’est bien pratique ça, le plan cul, c’est comme un plat tout fait qu’on aurait qu’à ouvrir, passer deux minutes au micro-onde pour se l’avaler en deux quatre. Ça t’étanche la faim pile comme il faut. De quoi se caler un moment.

Malheureusement, ça peut arriver, oui, qu’un début d’attachement naisse malgré tout.
Là, ça craint.
Ça fait peur, ça fait fuir, ça a même été le théâtre de scènes qui auraient presque pu être comiques si elles n’avaient pas été si pathétiques :
Le revirement du trash et cru pour nier les regards enflammés ou les mots doux.
Quand la honte du laisser-aller romantique prend le dessus. Qu’il faut surtout bien l’enterrer sous une montagne de vulgarité.
Non ! Non ! Je ne m’attacherai pas ! Pour te le prouver, même, je vais te baiser brut parce qu' on est là pour ça. Sauvagement éjaculer tout intérêt que je peux avoir pour toi.
Et merde, oui, tu me plais, je la sens bien cette douce chaleur enveloppante, là, au niveau du cœur, mais je ne te le dirai pas. Pas plus que je ne l’accepterai. Et puis, d’ailleurs, même si tu ne me demandes rien, je vais prendre mes distances maintenant. Essayer de trouver du un-peu-moins-vibrant, ça me paraît plus sûr.

Parce qu’on avait dit « plan cul ».

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