Il y a treize ans

Il y a treize ans, j’ai fabriqué un Humain.
Un qui, aujourd’hui, chausse du quarante-quatre alors que son pied ne dépassait pas ma paume. Un qui parle d’une voix rauque d’homme, loin de ses intonations haut perchées à la « Tic et Tac ».

Il y a treize ans, j’ai fabriqué un hypersensible.
Un de ceux qui captent tout puis qui sait comment jongler avec. Entre douce tête dans les nuages et réels pieds sur terre.

Il y a treize ans, j’ai fabriqué un drôle.
Un drôle à l’irrésistible humour. Il me tord les zygomatiques et les boyaux bien comme il faut (heureusement différemment d’il y a treize ans).

Il y a treize ans, j’ai fabriqué un saltimbanque.
Un dessinateur qui te manie le crayon naturellement, même pas peur et surtout, surtout, un musicien à la dextérité guitaresque qui te chatouille la corde sensible avec perfection.
Mon fils, cet artiste. En toute objectivité maternelle (comble de l’antinomie).

Il y a treize ans, j’ai fabriqué un cérébral.
A mon grand étonnement, je pense, d’ailleurs, qu’il est sorti de mon dedans avec une grande partie de mes neurones. Depuis qu’il sait aligner deux mots, c’est un bavard infatigable aux questions tarabiscotées. Il peut te retourner le cerval en moins de deux s’il l’a décidé. Un négochiatique hors pair.

Il y a treize ans, j’ai fabriqué hibernator.
Une calme marmotte qui vit tranquilou entre deux longues phases de câlins dans les bras de Morphée.

Il y a treize ans, j’ai fabriqué un tombeur.
De la douceur, de la gentillesse et une guitare… autant dire qu’il y a de la demoiselle qui lui court après et ce n’est pas étonnant (objectivité, antinomie, tout ça tout ça…). Jusqu’au bout je lui apprendrai comment il faut respecter leur petit cœur de futures femmes.
Puis comment respecter son prochain et sa Terre, un chemin à prendre sans dévier.

Il y a treize ans, j’ai fabriqué un géant.
Géant du cœur, géant du corps. Je l’ai porté tellement de fois, avant. Maintenant, c’est lui qui sait me soulever avec ses jeunes muscles d’adolescent.

Il y a treize ans, j’ai fabriqué un presqu’homme dont je suis fière.
Un pas-loin-d’homme qui, aujourd’hui, détonne et tous les jours de nouveau m’étonne.

Il y a treize ans, il m’a fabriqué « maman ».
Une mère-louve, aux dires du pédiatre de l’époque (étonnant, non ?), je sortirai crocs et griffes pour qu’il puisse gambader dans la vie en sécurité.

Il y a treize ans, il m’a fabriqué le plus beau de mes tournants de vie.

Il y a treize ans, tous les deux, on est nés
 -Sans péridurale, et ouais mon pote ! Quoi ? Ça fait tellement mal que j’ai le droit de me la ramener à vie d’abord -

Donc, il y a treize ans, la vie s’est amplifiée et j’ai hâte de continuer.

 

 

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